À Oléron, l’abeille noire connait des temps difficiles depuis quelques années : entre hybridations extérieures et prédation du frelon asiatique, les ruchers sont souvent décimés.
Face à ce constat, Melifera revient à l’essentiel : continuer à installer des ruches sur l’île, travailler main dans la main avec les conservatoires et les apiculteurs pour sauvegarder cette lignée façonnée par le temps.
Allez, rêvons un peu : Et si le Jardin Melifera devenait, demain, un refuge décisif pour l’abeille noire d’Oléron ?
Pourquoi l’abeille noire d’Oléron compte encore
Rustique et économe, l’abeille noire (Apis mellifera mellifera) porte des adaptations locales précieuses pour la résilience des écosystèmes insulaires : gestion fine des réserves, tenue au vent, résistance aux amplitudes thermiques, sobriété en période creuse… Son patrimoine génétique est précieux et néanmoins très en danger. Préserver cette lignée à Oléron, c’est maintenir un patrimoine vivant et encourager une apiculture plus résiliente, au service des écosystèmes et des paysages floraux de l’île.
Une histoire collective: du CANO aux collaborations actuelles
La dynamique de conservation de l’abeille noire s’est longtemps structurée autour du Conservatoire de l’Abeille Noire d’Oléron (CANO), né en 2009 avec une volonté farouche de défendre l’abeille noire sur l’île. Porté par un esprit de coopération entre apiculteurs et partenaires du territoire, le CANO a œuvré à identifier, préserver et promouvoir des colonies représentatives, tout en sensibilisant largement aux enjeux d’hybridation et de perte d’adaptations locales.
Melifera s’est inscrit dans cette continuité depuis 2020 : rencontres de terrain, financement d’actions de caractérisation génétique et participation aux échanges entre acteurs. Cette approche demeure : avancer ensemble, à un rythme réaliste, sans sur-promettre, en gardant Oléron comme boussole et l’abeille noire comme bien commun.
2021–2024: aux côtés d’Emmanuel Rathier, des ruches, des transferts et des essais
En parallèle du travail avec le CANO, Melifera a collaboré avec Emmanuel Rathier pour installer et transférer des colonies, afin de consolider une présence d’abeilles noires* sur des emplacements choisis. Plusieurs ruches ont donc été installées au Jardin Melifera, profitant de la richesse mellifère des diverses plantations et de la variété de la flore, des haies, et autres ronces.
L’élevage de reines d’abeilles noires
Avec Emmanuel, nous avions même la volonté de faire un élevage de reines d’abeilles noires. C’est une opération très délicate et qui demande une attention particulière et beaucoup de temps. En effet, nous sommes partis du principe que les reines ont un rôle central : elles portent et transmettent la lignée.
En élevant des reines d’abeilles noires , nous pourrions à terme créer et relancer des colonies cohérentes avec l’histoire d’Oléron, limiter les hybridations et diffuser des colonies d’abeilles noires locales plus résilientes. À la condition préalable, bien sûr, de partir d’abeilles correctement identifiées et d’opérer dans de bonnes conditions sur le terrain.

Le projet AFFA (anti-frelons asiatiques)
Pour protéger les colonies et les ruchette d’élevage de reine, Melifera a aussi lancé une expérimentation visant à limiter la pression du frelon asiatique, facteur déterminant pour la survie des colonies.
En 2024, nous avons tenté une nouvelle technique en s’inspirant et en relayant des pratiques opérationnelles. Il s’agissait d’installer les ruches à l’intérieur de filets avec des mailles assez petites pour bloquer les frelons, tout en laissant passer les abeilles.
Cette démarche empirique s’est malheureusement soldée par un échec : les frelons asiatiques, très malins, ont réussi à s’adapter et ont malgré tout effectué une pression létale sur les colonies qui n’ont pas résisté.
Ce fléau des frelons asiatiques est vraiment la prochaine bataille à mener. Cette phase de collaboration avec Emmanuel Rathier a posé des bases et livré des enseignements utiles. Ce dernier ayant depuis arrêté son activité professionnelle d’apiculteur, nous avons naturellement fait évoluer le partenariat.
2025-2026 Repartir de l’essentiel: remettre des ruches sur le terrain
Notre nouvel appui local est Claude Derrien, apiculteur professionnel basé à Saint-Pierre-d’Oléron. Nous avons avec Claude, un objectif commun : remonter le cheptel d’abeilles domestiques que nous espérons noires, en multipliant les colonies existantes.
Il a lui aussi perdu 30% de son cheptel total de 150 ruches à cause du frelon asiatique. Très impliqué de longue date dans le projet de conservation de l’abeille noire, il trouve dans le Jardin Melifera une terre d’accueil propice pour ses abeilles domestiques.
Neuf colonies de production de miel ont été installées en mars au Jardin (six ruches provenant d’un site vers La Josière et trois d’un site à Chéray). Situé au nord de l’île (historiquement plus propice aux colonies d’abeilles noires quand le sud est plus hybride), le Jardin Melifera sert d’ancrage à ces nouvelles colonies.
Le terrain cumule des conditions favorables au déploiement de ces ruches (haies protectrices, eau, diversité des ressources mellifères).
Un travail patient pour accompagner la croissance des colonies par d’ajout de cadres pour soutenir la ponte, de pause de hausse pour la production de miel, de surveillance rapprochée e pour limiter l’essaimage au printemps… c’est ce que fait Claude au quotidien.
Nous sommes ravis de l’accueillir et de bénéficier de toute son expertise et partage de connaissances autour de l’abeille domestique et de l’apiculture dès que nous le croisons au Jardin.

Coopérer avec les bonnes expertises : le Conservatoire des Races d’Aquitaine
Pour clarifier l’avenir de la lignée de l’abeille noire à Oléron, à l’initiative d’Ethel Gauthier, chargée de la biodiversité chez Melifera, une réunion de travail a rassemblé au Printemps 2026 le Conservatoire des Races d’Aquitaine, les apiculteurs du CANO et le CPIE Marennes-Oléron.
Les priorités partagées étaient de :
- Réaliser des prélèvements ciblés chez plusieurs apiculteurs pour évaluer le potentiel génétique des colonies présentes.
- Si des souches représentatives d’abeilles noires pures étaient identifiées, organiser leur protection dans de bonnes conditions : d’abord sur l’île quand c’est possible ; sinon, mise à l’abri (ex situ) pour préserver le patrimoine génétique des souches d’abeilles noires.
- Poursuivre les installations de ruches et la conduite au plus près du terrain pour maintenir une présence vivante et apprendre de saison en saison.
44 abeilles ont été prélevées dans la zone Nord conservatoire auprès de 5 apiculteurs et en cours de butinage sur plusieurs sites naturels. Les Analyses génétiques sont réalisées par Lionel Garnery, chercheur au CNRS qui avait déja accompagné le territoire en 2018 à la mise en place de la zone conservatoire dans le nord de l’île d’Oléron. Nous attendons à présent de savoir s’il reste des ruchers dits « purs » d’abeilles noires qui pourraient être sauvés.
Une ambition simple: protéger aujourd’hui pour transmettre demain
La sauvegarde d’une lignée locale est une aventure de patience et de coopération. Melifera poursuit son engagement aux côtés des conservatoires et des apiculteurs. En remettant des ruches sur l’île et en fédérant les énergies, le Jardin Melifera reste engagé à la préservation de l’abeille noire sur l’île et au-delà.
Qui fait quoi ?
- CANO : histoire et méthode de conservation locale à Oléron.
- Conservatoire des Races d’Aquitaines: structuration de la sauvegarde génétique.
- Apiculteurs d’Oléron: veille et savoir-faire de terrain.
- Jardin Melifera: lieu d’ancrage, d’accueil et de sensibilisation.

Le Jardin Melifera: un lieu qui agit, un symbole qui rassemble
Le Jardin Melifera n’est pas qu’un décor: c’est un site vivant où l’on installe, observe et partage. Aujourd’hui, il accueille des colonies d’abeilles domestiques et sert de point d’appui pour la relance locale.
Nous aimerions que ce site devienne un refuge transitoire pour des colonies précieuses. Malheureusement, si nous sommes lucides, l’hybridation ayant pris tellement de place, même dans le Nord de l’île, il est très peu probable que les colonies restent des colonies d’abeilles noires.
La probabilité que les reines, mêmes noires, soient fécondées par des hybrides reste élevée. C’est pour cela que la démarche de sauvegarde mise en place avec le conservatoire des races d’Aquitaine prend tout son sens.
Notre cap reste simple : remettre des ruches, protéger, vérifier la lignée, et décider des prochaines étapes avec les apiculteurs et les conservatoires. C’est un travail patient, pragmatique et collectif pour que l’abeille noire ait durablement sa place à Oléron ou ailleurs.
*quand nous parlons d’abeilles noires, il est important de noter que nous ne pouvons que très rarement être certains de la pureté de ces abeilles. Ce sont la plupart du temps des abeilles présumées noires.
